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Lettre à ses enfants avant sa mort : que leur écrire ?

9 min de lecture

On remet souvent cette page à plus tard. Écrire une lettre à ses enfants avant sa mort semble exiger un moment déjà grave, des mots dictés par l'urgence. La lettre se tient mieux lorsque vous pouvez encore la relire, en retirer une phrase, et la laisser dans un endroit connu de quelqu'un.

Pour écrire une lettre à ses enfants, le premier choix est le destinataire, pas le bilan. Une lettre posthume est un texte prévu pour être lu lorsque vous ne serez plus là. La phrase que l'on se formule est parfois celle-ci : laisser un message à ses enfants après ma mort. Il doit rester tenable par celui qui le lit seul. On l'appelle aussi lettre d'adieu à ses enfants. L'adieu peut y tenir une place. Une page écrite à l'avance prépare un message : elle ne met pas en scène un départ.

Pourquoi l'écrire maintenant, en bonne santé

Écrire en bonne santé, c'est écrire pendant que la conversation reste possible. Vous pouvez dire à une personne de confiance où se trouve le pli, relire plus tard, et retirer ce qui ne dit plus ce que vous pensez. Ce qui ne doit pas attendre le papier se dit de vive voix.

L'urgence charge la page : regrets, consignes et secrets arrivent ensemble. Une page écrite à l'avance peut rester une page. Elle prépare ce qu'un enfant doit pouvoir encore entendre. Elle n'annonce pas que vous partez.

Le moment utile est celui où une chose à transmettre est claire, et où vous avez le temps de la formuler sans en faire un ordre. Une lettre datée, puis reprise, reste ajustable. Le jour promis pour « quand ce sera le moment » laisse peu de place à la nuance. Commencez par un seul enfant, et par une seule scène.

La trame en 5 temps : amour, souvenir précis, qualité admirée, conseil, apaisement

Cinq temps suffisent. Ils empêchent la page de devenir un discours, ou de n'être qu'une formule.

  1. L'amour. Dites-le à cette personne, avec son nom, sans le faire suivre d'une condition.
  1. Un souvenir précis. Une scène, un lieu, un geste. Le détail montre que vous avez vu ce jour-là.
  1. Une qualité que vous avez admirée. Nommez ce que vous avez observé. Tu as tenu la main de ta sœur le soir de l'orage dit un geste. Tu as toujours été le plus solide classe, et le classement reste lorsque vous n'êtes plus là pour l'adoucir.
  1. Un conseil attaché à une situation. Dites ce que vous avez pesé dans un cas vécu, et laissez la décision à celui qui aura les faits. Sans scène, le conseil devient une maxime.
  1. L'apaisement. Autorisez l'enfant à vivre sans vous porter, et à laisser la lettre dans un tiroir jusqu'à ce qu'il la cherche. Une lettre qui oblige est une charge.

Histoire inspirée de situations réelles. Les personnages et les lieux sont fictifs.

L'extrait a été écrit pour cette trame. Il ne rapporte pas une lettre réelle.

Claire, je t'aime, et je te le dis ici pour le jour où je ne pourrai plus le répéter. Je revois le mercredi où tu as rapporté le cartable de ton frère sous la pluie, sans en faire un exploit. J'ai admiré ce geste-là : tu voyais ce qui manquait, et tu le faisais. Si un jour tu hésites entre tenir une promesse déjà lourde et dire que tu n'y arrives plus, sache que j'ai moi-même renoncé à un engagement que je ne pouvais plus tenir sans mentir. Tu peux poser la lettre. Tu ne me dois pas de la savoir par cœur.

Une lettre par enfant : éviter comparaisons et jalousies

Écrire à mes enfants produit un discours. Écrire à l'un, puis à l'autre, produit deux lettres : un souvenir qui appartient à chacun, une qualité observée chez lui, un conseil qui ne sert pas à le classer.

La jalousie peut naître d'une phrase qui n'était pas destinée à être comparée. Tu as toujours été le plus facile laisse entendre qu'un autre ne l'était pas. Je compte sur toi pour les autres désigne un rôle que la fratrie n'a pas choisi. Écrivez chaque lettre comme si elle devait être lue à côté des autres. Un pli ouvert se partage, par affection ou par inquiétude.

Ce qui est vrai pour tous peut se répéter : que vous les aimez, que vous leur faites confiance pour décider. Le souvenir ne se recopie pas en changeant le prénom. Si un conflit entre eux est encore ouvert, dites-le de votre vivant. Le pli n'arbitre pas. Même un enfant unique reçoit une lettre qui s'adresse à lui, pas à l'enfance en général.

Les lettres à échéance : 18 ans, mariage, naissance, jour difficile

Certaines lettres attendent une date. Indiquez quand les remettre : au moment venu, la vie peut avoir pris une autre forme. Quatre échéances suffisent ici. Si l'une ne dit rien de votre famille, laissez-la.

18 ans

Dites ce que vous auriez voulu entendre à cet âge : une permission, une limite apprise. Vous ne connaissez pas l'année de la lecture. N'écrivez pas son programme.

Histoire inspirée de situations réelles. Les personnages et les lieux sont fictifs.

Pour tes dix-huit ans, ou pour le jour où tu liras ceci si cette date est déjà passée. Je ne sais pas quelle route tu regardes. À ton âge, j'ai dit oui trop vite à un travail qui me pesait le soir, parce que je ne voulais décevoir personne. Tu peux décevoir une attente. Tu ne me dois pas de choisir ce que j'aurais choisi.

Un mariage, ou une vie commune

Un critère que vous avez tenu, la loyauté dans les petites choses, le refus d'humilier, peut s'écrire. Le portrait du conjoint idéal juge une personne que vous ne connaissez pas. Adressez-vous à votre enfant, et souhaitez à l'autre d'être traité avec égard.

Une naissance

Racontez, si vous le souhaitez, comment vous avez une fois mis une personne avant un projet. Ce choix n'oblige pas le leur. Souhaitez-leur de la place, sans leur assigner votre façon d'aimer ni le moment.

Un jour difficile

Écrivez pour un moment de peur, de deuil ou de doute, sans nommer la catastrophe. Rappelez une personne, un geste, une phrase qui a été vraie. Dites que traverser ce jour suffit, et nommez, si vous le pouvez, un vivant à qui parler.

Sur l'enveloppe : le prénom, l'échéance, et une ligne si l'échéance ne vient pas. Un mariage absent, une naissance qui n'arrive pas, ne doivent pas laisser un pli qui accuse. Prévoyez un repli : à lire si tu en as besoin, ou à détruire si tu préfères.

Ce qu'il vaut mieux éviter (injonctions, secrets lâchés sans accompagnement)

L'injonction. Promets-moi de garder la maison. Ne vends jamais. Reste près de ton frère. La promesse est demandée à quelqu'un qui ne peut plus expliquer ce qui a changé. Dites pourquoi une valeur a compté, dans quelle circonstance, et jusqu'où. Le jugement reste à celui qui verra les faits.

Le secret lâché sans accompagnement. Une origine, une dette ou une faute, lue pour la première fois dans un pli, laisse l'enfant seul avec un fait qu'il ne peut ni vérifier ni replacer. Dites-le pendant que la conversation existe. Sinon, nommez une personne vivante, déjà informée et d'accord, à qui parler.

Le règlement de comptes. Une blessure écrite à quelqu'un qui ne peut plus se défendre devient la dernière version. Le différend avec un vivant se dit pendant la conversation.

La lettre qui décide à leur place. Un métier, un lieu, une personne à ménager : vous leur retirez le droit d'être de leur temps. Le Manifeste le dit du testament éthique, et la même mesure vaut pour la lettre. Un phare éclaire. Il ne trace pas la route à leur place.

Vouloir tout dire. Trois souvenirs, une qualité, un conseil. Le reste peut attendre une autre page. Relisez à voix haute, et datez la version que vous gardez. Si une phrase oblige, compare ou accuse, elle n'est pas prête.

Où et comment la conserver, et qui la remettra

Une lettre que personne ne trouve n'a pas été écrite pour eux. Indiquez le prénom sur le pli, et l'échéance s'il y en a une. À part, une note courte : où sont les lettres, qui les remet, dans quel ordre, et que faire si cette personne ne le peut plus. Rangez la note là où cette personne sait chercher.

Choisissez qui remettra les plis : une personne de confiance, qui accepte le rôle. Dites-le-lui, et précisez si chaque lettre ne doit être lue que par son destinataire.

Ce guide ne dit pas qui peut ouvrir le courrier arrivé au nom d'une personne décédée. La Poste indique qu'un héritier, ou un ayant droit, peut en demander la réexpédition. Il déclare sur l'honneur cette qualité, et présente le certificat de décès ainsi que le livret de famille ou, à défaut, un acte notarié. S'ils sont plusieurs, une procuration établie par le notaire est demandée. Réexpédier n'est pas ouvrir. La personne qui remet la lettre que vous avez écrite reste celle que vous avez choisie, et qui a accepté.

La lettre parle à un enfant. L'acte qui répartit les biens, s'il existe, fait un autre travail. Une lettre n'est pas, par cela seul, un testament. L'article 970 du Code civil n'admet comme testament olographe qu'un écrit entièrement manuscrit, daté et signé de la main de son auteur. Service-public.fr reprend ces conditions : écrit en entier à la main, daté du jour, du mois et de l'année, puis signé. Savoir si votre page les remplit se demande à un notaire.

Ce guide ne dit pas s'il faut déposer la lettre chez un notaire. Les notaires de France répondent pour le testament olographe : le garder chez vous n'empêche pas qu'il soit valable. Le leur remettre permet qu'ils le conservent et l'inscrivent au fichier central des dispositions de dernières volontés. Après le décès, si l'écrit est un testament olographe ou mystique, l'article 1007 du Code civil prévoit qu'il soit déposé chez un notaire avant d'être exécuté, et ouvert s'il est cacheté. Une lettre qui n'est pas ce testament ne suit pas cette règle. Demandez au notaire s'il garde un pli, et à quelles conditions.

Gardez deux exemplaires : l'original dans un lieu que vous contrôlez, et une copie ailleurs, afin qu'un dégât ou la fermeture d'un service n'emporte pas le seul texte. S'il y a un fichier, nommez-le pour que le destinataire se reconnaisse sans l'ouvrir. Les Archives nationales rappellent que les données posées sur une clé, un disque dur ou une disquette se migrent, pour rester lisibles. Ce guide ne nomme aucun format, aucun papier, aucun nombre d'années.

Le principe de pérennité le rappelle : une mémoire qui n'existe que dans un service dont vous ne maîtrisez pas la durée a la durée de ce service. L'emplacement doit pouvoir s'expliquer en une phrase à la personne qui remettra la page. Relisez lorsque votre critère a changé, datez cette relecture, et retirez ce qui n'est plus vrai.

De la lettre au testament éthique : aller plus loin

La lettre dit à un enfant qu'il a été vu, aimé, et laissé libre. Lorsque la question devient pourquoi avons-nous vécu ainsi, une page ne suffit plus. La lettre posthume reste un texte adressé. Elle ne devient pas, à elle seule, le lieu où l'on interroge un raisonnement.

Le passage se fait vers le guide Testament éthique : exemples et méthode. Le testament éthique rassemble des valeurs, des refus et des raisons, afin qu'un proche comprenne un choix sans que vous soyez là pour le commenter.

Ce que vous laissez ainsi relève de l'héritage immatériel : ce qui survit d'une attention, d'un critère, d'un récit, au-delà des biens. La page des douze questions reprend les limites du testament éthique. La Charte dit à quelles conditions une mémoire numérique reste entre les mains de ceux qui la portent.

Une lettre par enfant, cinq temps, une personne chargée de la remettre : vous pouvez commencer par là. Si vous voulez en parler avant d'écrire, la page Contact suffit.