Guide
Archives familiales numériques : classer et conserver
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Les vieilles photos de famille ressortent souvent ensemble : une boîte, des enveloppes, un dossier encore appelé « divers ». La question arrive avec la poussière. Que faire des vieilles photos de famille ? Comment les conserver sans les user, et comment faire pour que le fichier reste ouvrable par quelqu'un qui n'était pas dans la pièce ?
La conservation des archives familiales et leur classement portent sur deux objets. Le tirage, le négatif, le mot au dos se perdent par la lumière, l'humidité, une pochette qui jaunit. La copie numérique se perd par un format illisible, un support qui lâche, un nom qui ne dit plus rien.
Le glossaire appelle mémoire numérique l'ensemble de ces traces. Sans classement voulu, elle reste dispersée. Le principe de pérennité matérielle demande de pouvoir l'exporter dans des formats qu'une autre personne lira encore, sans dépendre de la durée d'un fournisseur.
Quatre gestes : trier, numériser, nommer, sauvegarder. Une checklist en dix points ferme le texte. Les résolutions et les formats cités sont ceux d'institutions, pour leurs fonds. Ils ne promettent aucun nombre d'années pour un fichier domestique.
Le guide du ministère de la Culture, Numériser des objets photographiques, s'adresse aux professionnels qui conservent des collections. Dans le texte du guide, le long terme d'un fichier commence à partir de cinq ou dix ans : supports et formats vieillissent. Conserver veut dire rester capable de migrer.
Trier avant de numériser : garder, identifier, laisser partir
La numérisation des photos de famille commence par l'objet. Tant que le tirage n'est pas identifié, le fichier portera le même silence.
La page du ministère sur le conditionnement décrit la manipulation. On tient les petits formats par les deux côtés, les grands à deux mains, pour ne pas les déformer. La transpiration laisse des traces : la page recommande des gants fins et ajustés, de préférence synthétiques. Elle demande d'enregistrer ce qui est écrit sur une pochette, une boîte ou un carton — légende, numéro, marque — avant de mettre ce contenant de côté ou de l'éliminer.
Trois décisions se prennent l'objet en main.
- Garder. Le seul exemplaire. Tout tirage qui porte une écriture, une date, un nom, un lieu. Un double qui n'a pas la même annotation que l'autre est un autre document.
- Identifier. Ce qui n'a pas de nom, de lieu ou de date reste dans un ensemble « à identifier ». Un dossier qui invente ces informations fabrique une erreur durable. Écrivez ce que vous savez, et marquez le reste « non identifié ». Le pourquoi d'une image se demande. Le guide Questions à poser à ses parents sert à cela : une scène ne dit pas le critère de qui l'a gardée.
- Laisser partir. D'abord les contenants instables, une fois les mots recopiés. La page cite, lorsqu'ils ont jauni, se sont déformés ou sont devenus cassants : pochettes en papier cristal, pochettes en PVC, boîtes dans lesquelles le papier photographique était vendu, boîtes en bois résineux. Pour les papiers de remplacement, elle renvoie aux normes ISO 18902 et ISO 18916. Ensuite, le double strict, sans inscription nouvelle. Le tirage muet, lui, reste dans « à identifier ». Ce guide ne demande pas de le jeter parce qu'il est silencieux.
Le guide de numérisation rappelle qu'on n'envisage pas de se défaire d'une peinture une fois numérisée, et que la tentation est plus grande pour une photographie. L'obsolescence des matériels, des logiciels, des formats, et la perte du sens porté par les métadonnées, pèsent sur cette tentation. Le fichier limite les manipulations. Vous gardez le tirage, et le mot qui était sur l'enveloppe.
Pour le lieu, la page du ministère sur l'environnement demande un espace sec, frais et stable. Une humidité supérieure à 65 %, sans assez de ventilation, favorise les moisissures. Des pochettes et des boîtes protègent de la poussière. La lumière dégrade à chaque exposition, de façon cumulative et irréversible : un tiroir fermé, loin d'une fenêtre, applique déjà cela. Les tirages se rangent à plat, sans surcharge. Les supports sur verre, à la verticale ou à plat par petit nombre.
Certains supports peuvent rester à température ambiante. Pour la couleur, les nitrates et l'acétate de cellulose, la même page indique que seule une basse température permet une conservation de très longue durée, et que ce froid ne s'improvise pas : la condensation abîme l'objet à la sortie. Une forte odeur de vinaigre y correspond au syndrome du vinaigre de l'acétate. Ce guide ne donne pas de protocole domestique pour ces films. Écartez-les des tirages, évitez le plastique hermétique — la page sur le conditionnement signale ce confinement pour les supports peu stables — et, si le lot est altéré, adressez-vous à un service d'archives ou à un restaurateur.
Les carnets de Lucien montrent la limite du rangement. Tout avait été gardé, et personne ne lisait plus les abréviations. Photographier les pages n'aurait pas rendu le raisonnement. Le classement commence quand une phrase dit qui est là, et pourquoi l'image a été gardée.
Numériser : résolutions et formats ouverts recommandés
Numériser sert à moins manipuler l'original. Le guide du ministère le compte parmi les objectifs d'un chantier, et il demande de choisir ce que l'on numérise. Commencez par le tas « garder ». Le tas « à identifier » peut attendre que quelqu'un reconnaisse les visages.
Le guide préconise de ne pas recadrer l'image, et de numériser en couleur même un procédé monochrome. Il déconseille de dégrader la résolution et d'appliquer une compression avec perte. Dans l'idéal, le maître est un TIFF 16 bits par couche. Ces fichiers sont lourds : le guide constate que la plupart des institutions produisent un TIFF 8 bits, et réservent le 16 bits à des pièces choisies. Quand elles ne conservent pas de TIFF, certaines utilisent le JPEG — format indiqué pour la diffusion — à sa qualité maximale (100). Son glossaire précise que cette compression supprime de façon irréversible des informations visuelles, que le TIFF est le format courant de l'archivage, et le JPEG celui du web.
Le RAW, dans le même passage, n'est pas un format standard. C'est un format propriétaire, maintenu par l'éditeur, lisible avec un logiciel compatible. Il ne suffit pas : on l'exporte vers un format standard, et l'on conserve aussi ce fichier exporté.
La page de la BnF sur la numérisation en mode image définit un format ouvert : ses spécifications sont publiques, utilisables sans contrainte légale qui limiterait l'usage ou exigerait une redevance. Elle sépare format d'archivage et format de diffusion, pour que la conservation ne dépende pas des outils de consultation. Pour les documents iconographiques — photographies comprises —, elle indique une numérisation en général en couleur : 300 dpi au-dessus du format A6, 600 dpi ou plus en dessous. Le format d'archivage indiqué est le TIFF monopage non compressé. Les formats de diffusion indiqués sont le PNG et le JPEG. Pour tous ses nouveaux projets, la BnF a fixé un minimum de 400 dpi.
Ces chiffres décrivent ses ateliers. Si l'appareil ne propose pas le TIFF, le JPEG en qualité maximale reste, pour le ministère, un format de diffusion : le tirage compte d'autant plus. À côté du maître, gardez une copie pour regarder, en JPEG ou en PNG. La BnF demande, pour une sauvegarde de longue durée, une compression sans perte ou réversible. Les retouches vont sur cette copie : le guide du ministère dit qu'une fois les calques aplatis, l'information est altérée.
Nommer et légender : la convention qui survivra à votre mémoire
Un fichier `IMG_2044` redevient muet quand la séance est oubliée. Le guide du ministère l'écrit pour les fonds patrimoniaux : sans information, l'image perd une partie de son sens. Il n'y a pas, dit-il, une méthode unique. Aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, la notice répond à : qui a photographié et qui est là, ce que l'on voit, le lieu, la date, la nature de l'objet, la raison de la vue quand on la connaît.
La convention reprend ces questions, et l'unicité des noms que le chapitre illustre dans des institutions. Elle ne reprend pas leurs cotes. Deux fichiers ne portent jamais le même nom. Le sens est dans un texte qu'un proche ouvre sans le logiciel de numérisation.
Quatre blocs, sans espace :
`1958_martin-helene_portrait-atelier_001.tif`
L'année, ou `sans-date`. La personne, ou `non-identifie`. Un sujet court. Un numéro. Recto et verso sont deux fichiers. La copie de consultation reprend le radical : `1958_martin-helene_portrait-atelier_001.jpg`. L'exemple est fictif.
La légende est un texte au même radical, `1958_martin-helene_portrait-atelier_001.txt`.
- Qui. Personnes visibles, auteur de la vue. « Non identifié » plutôt qu'un prénom probable.
- Quoi. Une phrase sur ce que l'on voit.
- Où. Le lieu, ou « non identifié ».
- Quand. La date, et d'où elle vient : dos du tirage, parole de quelqu'un, estimation. Si c'est vous qui estimez, marquez-le.
- Comment. Tirage, négatif, diapositive ; couleur ou monochrome ; mots recopiés tels qu'ils sont écrits sur l'objet.
- Pourquoi. Ce que l'image explique, si vous le savez. Sinon, laissez la ligne vide. Une légende inventée ne se distinguera plus du souvenir.
Deux versions d'une scène se gardent, avec le nom de qui parle. Une copie papier de la légende va dans la boîte : elle reste lisible quand le disque ne l'est plus. Les Archives nationales rappellent que l'intelligibilité, c'est pouvoir lire le fichier, et le convertir si le format ne se lit plus. Une légende enfermée dans un seul logiciel suit le sort de ce logiciel.
Les lettres et le testament éthique suivent la même convention. Le guide Lettre à ses enfants avant sa mort demande un prénom sur le pli et quelqu'un qui sache où il est. Le guide Testament éthique : exemples et méthode demande un lieu que vous maîtrisez. Nommez ces textes comme les images, à côté des photos de la même année.
Organiser : par personne, par branche ou par décennie ?
Le guide du ministère le répète : il n'y a pas une seule description. L'image doit être retrouvée par quelqu'un qui ignore votre méthode. Choisissez un ordre, et tenez-le. La légende permet les autres recherches.
- Par personne. Un dossier par personne photographiée. Une photo de groupe se range sous le nom porté dans le fichier ; la légende cite les autres.
- Par branche. Utile quand les prénoms se répètent, ou quand le fonds sera partagé entre des lignées qui ne gardent pas les mêmes images.
- Par décennie. Utile quand les dates sont sûres. Moins utile quand la moitié des tirages est « sans date » : ce dossier redevient la boîte d'origine.
L'ordre des boîtes peut suivre le format, à plat, comme le demande la page sur le conditionnement. L'ordre des fichiers est celui des noms. Une liste dans la boîte relie les deux. Un seul chemin par maître. `lire-moi.txt`, à la racine, dit l'ordre, la convention et la date : le guide du ministère signale le risque d'une image sans contexte.
Sauvegarder : la règle 3-2-1, version souveraine
Un disque bien nommé ne suffit pas. Le guide du ministère demande plusieurs supports, dans des lieux différents et distants, et présente le disque externe comme plus risqué : il peut casser ou se perdre. Pérenniser, écrit-il, c'est garder la qualité, l'intégrité et l'accessibilité des images et de leurs métadonnées.
La fiche de la CNIL « Sécurité : sauvegarder », du 14 mars 2024, s'adresse à des organismes. Elle énonce la règle 3-2-1 comme un état de l'art : trois copies, sur deux supports différents, dont une hors ligne. Elle demande aussi au moins une copie géographiquement distincte, au moins une copie hors ligne et déconnectée du réseau, des tests de restauration, et de ne pas laisser les sauvegardes au même endroit que les machines.
L'ANSSI, pour un usage personnel, demande des supports distincts, des copies en sécurité, le chiffrement des appareils de stockage et des sauvegardes non connectées. Elle cite un stockage externe ou un service en ligne.
La version souveraine tient ces textes et le principe de souveraineté. Le service en ligne peut exister. Il ne remplace ni la copie hors ligne ni celle que vous tenez : vous n'en avez pas les clés. Le principe de pérennité le dit autrement : ce qui n'existe que chez un fournisseur a la durée de ce fournisseur.
- La copie de travail, celle que vous complétez.
- Une deuxième copie, sur un autre type de support. Deux disques identiques, branchés ensemble, peuvent subir le même incident.
- Une troisième copie, hors ligne, ailleurs. Débranchée, hors de la pièce, chez une personne de confiance ou là où un dégât des eaux à la maison ne l'atteint pas. Mise à jour quand le fonds change, puis débranchée de nouveau.
S'il ne dit pas comment récupérer fichiers et légendes, ne confiez pas le fonds au service en ligne. Le chiffrement recommandé par l'ANSSI n'est pas détaillé ici : le moyen d'ouvrir la copie s'écrit à côté de l'emplacement. Sans cette clé, le disque est fermé.
Les Archives nationales demandent de migrer disquettes, disques durs et clés USB. La clé du jour de la numérisation n'est pas la conservation : copiez, ouvrez un fichier, puis effacez-la si vous l'effacez. Une fois par an, ouvrez un maître et sa légende depuis la copie hors ligne, et notez la date dans `lire-moi.txt`. Un papier, hors du disque, dit où sont les trois copies et qui peut les ouvrir.
Choisir des formats pérennes et exportables
Le format se rechoisit quand le logiciel ou le support change. Le guide du ministère demande des formats ouverts, documentés ou largement utilisés, pour faciliter la conversion. Migrer un format, c'est convertir sans perte. Migrer un support, c'est copier vers un support neuf. La date du test annuel, dans `lire-moi.txt`, montre quand le faire.
Les Archives nationales distinguent, pour les versements qui leur sont destinés, des formats favorisés, acceptés ou refusés. Le texte de la page décrit ces trois niveaux, sans liste à recopier pour un fonds familial. Des formats sont refusés lorsque leur caractère propriétaire empêche la pérennisation, et l'intelligibilité suppose de pouvoir convertir pour garder le contenu. D'où le choix de ne pas laisser le RAW seul, ni une légende qu'un seul logiciel sait ouvrir.
TIFF non compressé pour le maître : 16 bits par couche si vous pouvez le stocker, sinon 8 bits par couche. JPEG pour regarder, ou comme seul fichier seulement en qualité maximale. PNG en copie de diffusion, selon la BnF. Texte brut pour les légendes. Si la liste est un tableau, le guide demande un export facile, de type tableur ou XML : gardez aussi une copie texte. Un JPEG déjà compressé, converti en TIFF, ne retrouve pas ce que la compression a supprimé. On migre pour quitter un support, pas pour recréer le détail. L'original numérique tel que l'appareil l'a produit se conserve, et les opérations — un recadrage, une conversion — se notent. Les Archives nationales lient l'authenticité à cela.
Checklist imprimable
Dix points.
- Trier avant de numériser. Garder l'unique exemplaire et tout objet écrit. Laisser le double sans inscription nouvelle. Le reste va dans « à identifier ».
- Recopier les mots des pochettes et des dos avant de changer un contenant. Écarter ensuite papier cristal, PVC, boîte de papier photo et bois résineux, comme l'indique le ministère.
- Ranger à plat, au sec, au frais, hors lumière et poussière. Ne pas improviser le froid. Isoler un film qui sent le vinaigre.
- Garder le tirage après la numérisation. Le fichier limite les manipulations.
- Numériser en couleur, sans recadrer, y compris un monochrome. Retoucher seulement une copie.
- Suivre les repères de la BnF pour ses documents iconographiques : 300 dpi au-dessus de l'A6, 400 dpi au minimum dans ses nouveaux projets, 600 dpi ou plus en dessous. Ce sont les chiffres de ses ateliers.
- Produire un TIFF non compressé, 16 bits par couche si vous le pouvez, sinon 8 bits. Sinon seulement, un JPEG en qualité maximale. Exporter le RAW vers un format standard, et garder les deux.
- Nommer `année_personne_sujet_numero`. Légender en texte : qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi. Marquer l'inconnu et l'estimé.
- Trois copies, deux supports, une hors ligne dans un autre lieu. Le service en ligne s'ajoute, il ne remplace pas. Ouvrir la copie hors ligne une fois par an.
- Un papier dit où sont les copies, qui les ouvre, quel ordre vous avez choisi. Migrer clés, disques et formats, comme le demandent les Archives nationales pour les supports fragiles.
Une boîte, une convention de noms, une copie hors ligne : la conservation des archives familiales commence ainsi. Les visages sans nom se complètent tant que quelqu'un peut encore les dire. Si vous voulez en parler avant d'ouvrir la première enveloppe, la page Contact suffit.